Facebook, Snapchat, Instagram, TikTok... Difficile de passer à côté de ces applis qui exploitent toutes les passions et les fragilités d’une génération qui ne peut plus décrocher.

C’est l’application la plus téléchargée : plus d’un milliard d’utilisateurs dans le monde, dont 15 millions en France, qui consomment frénétiquement son flux de courts clips. Si Facebook et Instagram sont encore respectivement trois et deux fois plus gros, TikTok les surpasse par son usage. L’appli doit sa popularité à ses vidéos festives ou parodiques mais aussi à son côté « couteau suisse ». On y trouve des astuces de cuisine, des vidéos pour aider à passer son CAP de coiffure, reprendre des cours de guitare. Tout se cherche, tout se trouve. Selon une étude de la Fondation Jean-Jaurès, 41 % des jeunes se servent déjà de TikTok comme s’ils utilisaient Google. TikTok serait ainsi la synthèse parfaite : la télé, les vidéos, Pinterest, YouTube. C’est « fun » par rapport à Instagram où l’on soigne son image ou Snapchat sur lequel on raconte sa vie. Mais cette belle machine a aussi ses effets pervers. « Les contenus stimulants visuellement que sont les vidéos diffusées sur les réseaux, en particulier sur TikTok, enferment les ados dans des circuits de la récompense » estime Mathieu Revranche, auteur d’une thèse sur la santé mentale chez les jeunes. L’application est pensée pour rendre ses fans les plus captifs et les plus passifs possible. Les comptes Instagram body positive invitent à la surenchère esthétique.

 

Visages lisses et apparences parfaites

 

Le Web valorise les visages lisses et les apparences parfaites. Le filtre « Bold Glamour » créé par TitTok est capable de vous rajeunir de trente ans ou de vous transformer en top model en un clic. Les effets de comparaison, induits par une telle fonctionnalité, peuvent être dévastateurs sur les jeunes, filles et garçons. « Cela pèse sur leur santé mentale et entraîne une faible estime de soi » souligne Mathieu Revranche. Les psychologues ont montré à quel point la génération Z - née entre 1997 et 2012 - présente des taux élevés d’anxiété, de dépression et de fragilité. Or, l’addiction à TikTok est croissante, même si ses utilisateurs ont conscience de ses méfaits. Selon une récente étude mondiale de Qustodio, en 2022, les mineurs ont passé en moyenne 1 h 47 par jour sur TikTok. Certes, le réseau social vient de mettre en place un avertissement aux moins de 18 ans qui dépasseraient les soixante minutes de visionnage quotidien. Mais la mesure reste anecdotique. Pour ne pas être isolé dans la cour de récré, il est indispensable de participer au grand rassemblement social qu’est devenue l’appli. Ne pas comprendre ses codes, connaître ses filtres, c’est risquer l’exclusion.

 

Une loi sur la majorité numérique

 

Mais une fois TikTok téléchargé, faut-il pour autant publier ? Le réseau exploite à la fois les passions et les fragilités d’une génération. Même quand le regard des autres est bienveillant, cette mise en avant peut susciter le malaise. À l’adolescence, on développe sa présentation de soi en se comparant à ses pairs. Là encore, l’appli brouille les pistes. Elle ne promeut pas un idéal de beauté mais plusieurs. Ce sont autant d’exigences auxquelles il faut répondre. Les utilisateurs ne sont plus seulement bombardés des derniers vêtements ou accessoires à la mode. Les corps aussi sont soumis aux tendances. Même s’ils ne sont pas dupes, les ados peinent à faire abstraction des conseils esthétiques des « tiktokeurs » perçus comme des figures de confiance.

 

À la différence d’instagram, TitTok est vu comme authentique. L’utilisateur a le sentiment que les influenceurs sont proches de lui. Reste aux parents à rappeler à leurs ados qu’ils n’ont ni le même emploi du temps ni le même compte en banque que ces influenceurs. Et aux responsables politiques à prévenir les dangers et les dérives des réseaux sociaux. Une loi récente oblige ainsi les fabricants de smartphones à systématiser le contrôle parental sur les appareils vendus. « Il filtrera les sites et les applications dont l’accès est interdit aux mineurs » indique le ministère délégué en charge de la Transition numérique et des Télécommunications. Et depuis mars, une loi sur la majorité numérique a été adoptée. « Concrètement, poursuit le ministère, il ne sera tout simplement plus possible pour un réseau social d’inscrire un mineur de moins de quinze ans sans le consentement de ses parents. » Une façon de responsabiliser aussi les opérateurs de plateformes en ligne et de les mettre au cœur de ces enjeux sociétaux.   

« Aujourd’hui, 87 % des jeunes de 11-13 ans utilisent régulièrement au moins un réseau social. »
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