Quand la curiosité est une vertu... Dans les entreprises comme dans la sphère privée, l’attrait du neuf et l’envie de découvrir sont des puissants moteurs.

Elle nous accompagne depuis un million d’années et le moment est venu de tirer un premier bilan : oui elle conduit à la réussite. Si la curiosité insatiable de nos ancêtres ne nous avait pas poussés à en descendre, nous serions peut-être toujours dans les cimes des arbres. C’est même cette soif de nouveauté qui nous a permis de maîtriser le feu – même si les premières tentatives de dompter les flammes ne se sont pas forcément bien passées. De nos jours, la curiosité prend des formes radicalement différentes. Elle va du simple coup d’œil au-dessus de la clôture du voisin, à l’apprentissage et la recherche, voire à l’exploration tout au long de la vie, en passant par la lecture de la presse à scandale. La curiosité est visiblement omniprésente et nous concerne tous.

 

CE QUE NOUS DEVONS SAVOIR

 

Impossible d’y échapper. Dès qu’une information intéres-sante surgit, nous voulons savoir ce qu’il en est. Certains plus que d’autres, reconnaissons-le. L’équipe du professeur Colin Camerer, du California Institute of Technology, a mesuré via l’imagerie par résonance magnétique, l’activité cérébrale de personnes pendant qu’on leur posait les questions d’un quizz. Après chaque exercice, elles devaient évaluer leur degré de curiosité par rapport à la bonne réponse. Le résultat est sans équivoque : plus leur curiosité est grande, plus la quantité de dopamine produite par leur cerveau est élevée. La dopamine joue un rôle central dans le circuit de la récompense du cerveau : elle est secrétée aussi bien après un succès professionnel qu’après avoir mangé une tablette de chocolat. En un mot, la curiosité rend heu-reux. La curiosité, que Wikipédia qualifie comme une attitude de disponibilité ou d’intérêt à l’égard d’un sujet ou d’un phénomène donné, est innée et constitue une pulsion qui se nourrit elle-même. En 2015, l’Université du Wisconsin a démontré qu’il faut aussi prendre en compte les conséquences négatives prévisibles de la curiosité. Les sujets de leur expérience ont été conduits dans une salle d’attente. Sur la table étaient disposés des stylos provoquant un léger choc électrique lorsqu’on les actionnait. Certains étaient identifiés comme étant chargés, d’autres étant non chargés, et d’autres encore ne portaient aucun marquage.

 

Les chercheurs ont prétendu que les stylos étaient restés là après le dernier test. Ils ont demandé aux participants de patienter quelques instants avant le début de l’expérience et ont quitté la pièce. Ils ont alors observé les sujets de l’extérieur – l’expérience avait en fait déjà commencé. Résultat : pratiquement aucun participant n’a pu s’empêcher de tester les objets. Les stylos sans marquage étaient bien plus souvent manipulés que les autres.

Pour les chercheurs américains, la preuve était faite que la curiosité n’est pas qu’une bénédiction, mais qu’elle peut aussi être une malédiction. Notamment lorsqu’elle nous pousse à faire fi de la raison pour accéder à des informations. Les chercheurs ont intitulé leur étude « l’effet Pandore », du nom du plus désastreux cas de curiosité de la mythologie. Voulant se venger pour le vol du feu, Zeus confia une boîte à Pandore en lui intimant de ne jamais l’ouvrir. Mais elle céda à la curiosité et souleva le couvercle, libérant ainsi tous les maux qui y étaient contenus : travail, maladie, mort...

 

La curiosité est-elle féminine ?

 

Non, s’accordent à dire tous les experts, mais l’objet de la curiosité masculine et féminine diffère. Alors que les femmes s’intéressent davantage à des sujets sociaux (à quoi penses-tu en ce moment mon chéri ?), la soif de savoir des hommes s’exerce principalement sur la technique et le monde qui nous entoure. Plus de 93 % des demandes de brevets sont déposés par les hommes. Mais cette tendance est toutefois à la baisse et confirmée par l’Organisation mondiale pour la propriété intellectuelle (OMPI) qui note que la part de femmes inven-teurs dans le dépôt de brevets internationaux a progressé. En volume, le nombre de femmes inventeurs progresse plus vite que les hommes : + 12,5 % par an pour les femmes contre + 9,5 % pour les hommes. En moyenne, un peu moins d’un tiers des dé-pôts de brevets (29 %) associent au moins une femme dans la recherche. Certains pays sont bien au-dessus de cette moyenne, comme la Chine et la Corée du Sud.

 

La curiosité fait partie intégrante de notre quotidien et les médias traditionnels, tout comme les réseaux sociaux, satisfont de mieux en mieux notre soif d’information. Chaque mois, plus de 49 millions de Français déclarent lire au moins un quotidien ou un magazine papier. Parmi eux, plus de 12 millions lisent à la fois un quotidien et un magazine chaque jour. L’audience des titres de presse, même si elle est en recul sensible depuis une quinzaine d’années, profite du boom des smartphones et des tablettes. Du Parisien au Monde en passant par Paris Match et le Figaro, le numérique permet aux éditeurs de partir à la recon-quête de leurs lecteurs, mais aussi à la conquête de nouveaux publics. Le mobile et la tablette contribuent au rajeunissement de l’audience. Force est de constater que nous consommons aujourd’hui cinq fois plus d’informations qu’il y a cinquante ans. Cela implique non seulement une sollicitation excessive, mais aussi un appétit grandissant pour des messages émotion-nellement forts. Cette aspiration explique aussi le succès des émissions de télévision, où l’on voit les participants manger des cafards ou encore des agriculteurs chercher l’âme sœur. Pour les psychologues, ces programmes répondent à une quête de sen-sationnalisme et témoignent d’une certaine manière de traiter l’information. Nous nous exerçons à gérer les catastrophes tout en nous reposant sur la certitude rassurante de n’avoir pas été directement touchés. C’est aussi la raison pour laquelle nous ne pouvons nous empêcher de lorgner sur un accident qui vient de se produire.

 

Les passants n’en sont pas pour autant for-cément des voyeurs mais les auxiliaires de leurs gènes. Ce qui fait la différence, c’est l’empathie que l’on ressent pour la victime et le comportement concret que l’on adopte. Celui qui à peine arrivé sur les lieux de l’accident sort son portable pour appeler les secours agit d’une façon moralement acceptable, contrairement à celui qui prend immédiatement des photos. Le phénomène peut aller très loin, susciter l’indignation et, pire, tomber sous le coup de sanctions pénales. C’est ainsi que le gérant d’un restau-rant parisien, qui avait été pris pour cible par les terroristes lors des attentats du 13 novembre 2015, a été accusé d’avoir divulgué des images de l’attaque issues des caméras de surveillance de son établissement. Les magistrats ont jugé la transaction financière qui avait eu lieu autour d’une vidéo qui a fait le tour du monde.

Le document avait soulevé une vague de protestation.

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